LA PÉNICHE
Artis - 13 rue de l'Abbé Vincent
38 600 Fontaine
Téléphones :
04 76 49 07 72
09 74 76 47 81

Historique

Retour sur une histoire "vieille" de plus de 10 ans.

Création

La Péniche a été créée fin 1995 à la suite d’un licenciement collectif. Trois personnes concernées et d’autres, de leur entourage, ont alors décidé de créer une entreprise autogérée.
Le désir d’autogestion venait d’une critique assez radicale du fonctionnement des entreprises : pouvoir et hiérarchie du pouvoir ; inégalités, notamment des salaires ; compétence et hiérarchie des compétences ; individualisme et compétition, temps et intensité du travail illimités. C’est tous ces points, formant système dans les entreprises traditionnelles, que nous voulions remettre en cause en créant une entreprise sans pouvoir, sans hiérarchie (des compétences et des salaires), collective et ayant pour objectif de travailler moins et plus agréablement.

Mais ce sont des personnes qui cherchaient du travail, autant que des personnes critiques à l’égard du fonctionnement des entreprises, qui ont créé la Péniche. Ce fait d’origine se répétera à presque chaque embauche : une seule personne a délibérément quitté son emploi pour venir travailler dans une entreprise autogérée. Ne caricaturons pas non plus dans l’autre sens : la plupart des personnes travaillant dans la Péniche ont eu l’occasion, à un moment ou à un autre, d’aller travailler ailleurs et ne l’ont pas fait.

Au cours de la première année, un clivage est vite apparu entre ceux qui souhaitaient une entreprise très collective et ceux qui souhaitaient une sorte de groupement d’intérêt économique de travailleurs indépendants. Ces derniers, essentiellement des journalistes, voulaient unir leurs forces pour démarcher les clients et se répartir ensuite le travail individuellement, en étant rémunéré à la tâche tout en prenant en compte les compétences des uns et des autres. L’incertitude sur la faisabilité économique du projet et la faiblesse de la rémunération initiale ont fait le reste. En quelques mois, les projets sont apparus si différents que nous nous sommes séparés.

Les vaches maigres : s’autogérer c’est aussi être tous entrepreneurs

La présence, à l’origine, de personnes venant de l’édition de livres, du journalisme et de l’économie sociale a permis d’avoir immédiatement un minimum de travail. Mais, nous nous sommes retrouvés fin 1997 sans perspectives aussi bien en terme de clientèle que du point de vue du fonctionnement. La question s’est alors posée de continuer. Et nous avons dû être réellement de petits entrepreneurs : aller chercher les clients un par un, accepter les tout petits contrats, peu intéressants et peu rentables, n’avoir de perspective qu’à très court terme, faire 90 % de démarches infructueuses, etc.

C’est évidemment un moment difficile à passer. Il est plus facile à passer collectivement. On se soutient les uns les autres, on panique moins face au client, on se décourage moins, on subit moins personnellement l’échec, etc. Pour autant, un fort engagement et une forte cohésion sont indispensables ainsi qu’exigence et indulgence mutuelles. Des difficultés epeuvent naître de perception et d’appréciation divergentes : carnets d’adresses plus ou moins fournis, participation au démarchage plus ou moins important, réussite plus ou moins grande, etc. Il faut veiller à ce moment-là à ce que chacun apporte tout ce qu’il peut et prendre en compte la grande inégalité (sociale et psychologique) dans laquelle nous sommes face à ce type de situation. Tous entrepreneurs certes, mais exigence et indulgence mutuelles sont absolument indispensables. C’est durant cette période que nous avons réellement pris conscience que la Péniche était aussi une entreprise avec des salaires à payer et qu’elle nécessitait une cohésion qu’on ne pouvait avoir en travaillant à distance les uns des autres.

Développement

L’entreprise ne s’est réellement développée qu’après trois ans. Humainement, en recrutant de nouveaux associés au rythme d’un par an, effectuant un 1/2 ou un 3/4 de temps (nous sommes aujourd’hui 11 salariés effectuant l’équivalent de 8 plein-temps). Economiquement, en triplant son chiffre d’affaires, en revalorisant les rémunérations (pour atteindre 13 euros net de l’heure aujourd’hui) et en réalisant des excédents croissants.

L’assise économique qu’a prise la Péniche a facilité la vie quotidienne de ses membres et le recrutement de nouveaux. Nous avons pu passer du strict paiement des heures effectuées chaque mois à des salaires fixes et réguliers lissant les fluctuations de l’activité. Il n’est plus nécessaire aujourd’hui d’avoir le “ goût du risque ”, de “ n’avoir rien à perdre ” ou d’être le “ dos au mur ” pour venir dans la Péniche.

Pourtant, le recrutement est demeuré difficile. Les conditions matérielles offertes par la Péniche sont loin d’être seules en cause. A une exception près, tous les membres de l’entreprise étaient plus ou moins sans activité professionnelle avant de venir. Quatre avaient moins de 30 ans et la Péniche constituait leur premier “ vrai ” emploi. Les quatre “ vieux ” avaient tous participé à une expérience autogérée. Les 30-50 ans plus ou moins sollicités n’ont jamais été réellement intéressés, encore moins quand ils n’étaient pas au chômage. Ce qui préside au choix du futur salarié(e) est avant tout son degré d’adhésion au projet porté par l’entreprise : le refus d’un certain confort du salariat, le besoin de chercher autre chose dans le travail que la feuille de paie ou la carrière, le désir d’être libre parce que solidaire…

Jusqu’à présent, l’augmentation de l’effectif n’a posé aucun problème grave. Pour ce qui concerne les grandes décisions, il n’y a aucune différence. Toutefois, au quotidien, lorsque nous n’étions que 2 ou 3, il était très facile d’être au courant de tout et de s’occuper de tout. Aujourd’hui, à 11, c’est plus difficile et cela pose même la question de la nécessité d’un suivi général par tous et jusqu’à quel point. Les différences de points de vue sur le sujet peuvent être source de tensions.

Il est difficile de savoir s’il y a un nombre maximum pour notre mode de fonctionnement. A un certain stade, sans remettre tout en cause, devrons nous adopter un fonctionnement répartissant le travail à des sous-groupes et ne faire appel à tous que pour les grandes décisions ? Vaudra-t-il mieux essaimer en créant une Péniche bis appuyée sur la première pour le démarrage puis autonome, même si l’on conserve des passerelles et des synergies ? etc.

Enfin, notre développement et l’accroissement de notre rentabilité nous amènent à nous poser la question de l’utilisation des excédents. Nous avons décidé de les utiliser pour des activités non directement rentables mais qui nous tiennent à cœur. Cela nous pose des questions de choix collectifs importants.

Passage en scop et essaimage

En 2004, nous avons opté pour des statuts sous forme coopérative. Auparavant la Péniche avait un statut de SARL où nous étions tous actionnaires au même niveau. Le passage en Scop nous a permis de marquer notre singuralité dans nos statut et surtout de simplifier la présentation de notre structure : "l’étiquette" Scop marque un fonctionnement collectif et à ceux qui veulent en savoir plus sur notre organisation nous parlons d’autogestion.

Depuis fin 2002, un membre de la Péniche, puis 2 puis 3 travaillent ensemble à Grenoble.

En juin 2007...

3 des parisiens s’installent à Faux-la-Montagne dans la Creuse et crée une nouvelle entité de travail "la navette". L’aventure de la Péniche continue avec une équipe ressérée sur Paris et Grenoble.


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